Le 29 et le 30 avril 1995, le Pape était à Trento, en Italie, pour commémorer le 450ème anniversaire du Concile. Les anarchistes aussi ont participé aux festivités en l’honneur de Sa Sainteté. À leur manière.
Ces pages ne veulent pas seulement être le compte-rendu d’une initiative, mais plutôt une petite contribution à la pensée et à l’action de tous ceux et celles qui, sans renvoyer leur vie dans un au-delà céleste ou terrestre, veulent la mettre en jeu dès à présent dans la liberté, la révolte et la solidarité. À tous ceux et celles qui refusent la guerre entre les opprimés, mais ne veulent pas faire la paix – encore moins au nom de la Vie – avec les oppresseurs. À ceux qui veulent se défaire de toute loi et qui n’ont pas besoin de commandements pour aimer. À ceux et celles, enfin, qui ont la fierté d’appeler tyrans les tyrans et de les traiter comme tels.
SOMMAIRE
- Introduction à Interdiction de tirer sur le pape. Une initiative anarchiste à Trento et alentours (1995)
- Introduction nécessaire à Nous, nous n’aimons pas le pape
- Programme des festivités
MEETING - Meeting anarchiste sur l’homme du Vatican. Trento, Piazza Fiera, 22 avril 1995
- Meeting anarchiste sur l’homme du Vatican. Trento, Piazza Battisti, 23 avril 1995
- Meeting anarchiste sur l’homme du Vatican. Pergine, 24 avril 1995
- Meeting anarchiste sur l’homme du Vatican. Riva del Garda, 26 avril 1995
- Meeting anarchiste sur l’homme du Vatican. Ala, 25 avril 1995
- Meeting anarchiste sur l’homme du Vatican. Rovereto, 27 avril 1995
CONFERENCES / DEBATS- L’idée de Dieu comme fondement de l’autorité, Alfredo M. Bonanno. Conférence à Rovereto, 20 avril 1995
- L’idée de Dieu comme fondement de l’autorité, Massimo Passamani. Conférence à Rovereto, 20 avril 1995
- Église et pouvoir, Alfredo M. Bonanno. Conférence à Trento, 21 avril 1995
- Nous n’aimons pas le pape (tract)
- Proclamation
ARTICLE DU JOURNAL CANENERO - Entre Washington et Campo de’ Fiori
- L’aveugle clairvoyant
- Exil et prison
- Dieu nous étouffe
- Les vampires de la souffrance
- La sympathisante du bourreau
- Tuer Dieu
- Le fantôme qui garantit et qui tue
- La nostalgie de Dieu
APPENDICES- Introduction à L’Inquisition : la torture au nom de Dieu, Alfredo M. Bonanno
- Pour en finir avec le spectre de Dieu
- Groupes d’affinité, organisation informelle, insurrection, Alfredo M. Bonanno
SOURCES
240 pages / 9 euros (6 euros pour les distros) / Mai 2026










Mais alors, pourra-t-on demander, pourquoi les anarchistes, dans la lutte actuelle contre les institutions politico-sociales, qu’ils jugent oppressives, ont prônés, prônent et pratiquent, quand ils le peuvent, l’utilisation de moyens violents qui sont pourtant en contradiction flagrante avec leurs fins ? Et cela au point qu’à certains moments de nombreux adversaires ont cru de bonne foi, quand ceux de mauvaise foi ont fini par croire, que le caractère spécifique de l’anarchisme était justement la violence ?


Qui était Giuseppe Ciancabilla ? Un journaliste qui ne dédaignait pas embrasser le fusil ? Un socialiste qui a adhéré à l’anarchisme ? L’admirateur de Malatesta qui peu de temps après est devenu son principal rival ? L’élégant rédacteur de journaux subversifs qui ne perdait pas une occasion pour défendre les têtes brûlées qui partaient à l’assaut de l’ordre établi, lui qui a défendu ardemment Luccheni, l’assassin de l’impératrice Sissi, Czolgosz qui tua le président américain McKinley, ou encore Gaetano Bresci, l’exécuteur du Roi d’Italie Umberto 1er, et dont Ciancabilla fut suspecté d’avoir été le mandant ?
« Dans ce glissement collectif vers une condition de sécurité dans la terreur, qui déclenchera le cran d’arrêt ? Qui fera justice de ce que les hommes vont s’habituer à prendre pour leur droit à la terreur et presque pour l’aboutissement normal de leurs anciennes aspirations à la liberté ?
« La guerre est passée, lavant l’histoire et l’humanité dans le sang et les larmes, mais l’époque est demeurée inchangée.
Il n’y aura pas de victoire possible pour les anarchistes, il n’y aura dans le futur aucune société libre capable de surgir d’un seul coup, de manière complète, comme Athéna de la tête de Zeus. Peut-être que rien de cette société-là n’existe aujourd’hui dans les élaborations théoriques des anarchistes. Peut-être que rien de cela ne sera jamais visible, malgré toutes les victoires que nous pourrons accumuler en renforçant nos organisations ou en rêvant à d’autres, plus à mêmes de répondre aux exigences de la révolution. Au plan militaire, gagner n’est parfois rien de plus qu’une satisfaction secondaire, un soupir de soulagement dans la sombre lueur d’une impasse où tombent les têtes des ennemis qui nous courent après depuis toujours. Et après ? Que trouverons- nous après, dans nos cœurs ? À partir de quoi construirons-nous la société de demain, si ce n’est à partir de ces excès de liberté que nous aurons réussi à insuffler dans les moyens destructifs que nous employons aujourd’hui ? Que serait-il arrivé si les anarchistes avaient réussi à défaire l’Armée rouge et si le modèle makhnoviste des communes libres s’était répandu à travers toute la Russie ?
Dans la mesure où elle augmente notre capacité et notre volonté d’autocritique, elle élève également le niveau de notre critique », disait quelqu’un. Le contraire est tout aussi vrai : le niveau de notre autocritique s’abaisse dans la mesure où s’abaissent notre capacité et notre volonté de critique. Un regard critique est un regard qui veut améliorer et s’améliorer. Pour cela il ne cherche pas les qualités dont se féliciter, mais les défauts sur lesquels s’interroger. N’importe où, partout, chez quiconque. Un regard vaniteux et apologétique déteste les défauts. Il n’a d’yeux que pour les qualités. Il ne veut rien améliorer, il veut se complaire, se contempler, se faire reconnaître et aduler. Ne cherchant pas les défauts, il tend à ne développer aucune faculté critique. Ni vers les autres, ni vers lui-même.
Un individu attentif aux oppressions sociales qui l’ont construit et qu’il pourrait reproduire devrait vouloir se lancer dans le pari de s’écouter soi-même, de trouver les mots appropriés, de choisir ce qu’il veut être, en se confrontant à ses peurs et en les dépassant, en faisant des choix et en se mettant en quête de possibilités d’attaque. Un individu qui se donne les moyens et les instruments de comprendre sa propre unicité et d’explorer sa propre différence, parvenant à se libérer du bourbier de la réalité multiple et en se mettant dans un mouvement de refus continu de toute place définitive et stable, des catégories qui sont des ghettos illusoires. Un individu qui trouve en lui-même son fondement et qui s’érige contre chaque institution et chaque sainteté, même celles qu’il s’est auto-imposé, dans un refus qui ne peut pas être seulement rationnel et logique, mais qui se nourrit de folie et d’instinct.