Juillet 1936, en Espagne l’heure est à la Révolution. à Valence, un groupe de quelques anarchistes jouent un rôle de catalyseur révolutionnaire, bloquant des casernes et libérant des prisonniers, formant alors ce qui deviendra par la suite la Colonne de Fer.
Ce livre retrace l’histoire des compagnons et compagnonnes qui en plein soulèvement généralisé, se jettent à corps perdu dans la mêlée, dans la tentative de réaliser la révolution anarchiste qu’ils chérissent avec passion et intransigeance.
Partout où ils passent, les anarchistes de la Colonne propagent les idéaux d’égalité, de liberté et de justice sociale, fondements de la future société anarchiste, en dépit des contradictions et des manquement qui les traversent. Ils veulent agir comme des libérateurs, pour que la révolution ne sombre pas dans un contentement médiocre, de sorte à empêcher que tout redevienne comme avant. De sorte que la rupture avec l’ordre établi soit irréparable.
Là où les « dirigeants anarchistes » inféodés au diktat du réalisme prêchent la nécessité d’agir et de faire des choix en stricte conformité aux exigences de circonstances exceptionnelles, l’intransigeance des incontrolados de la Colonne vis à vis de leurs principes anarchistes est pour beaucoup une boussole précieuse. Inlassablement dénigrés par leurs contemporains – les autoritaires bien sûr, mais aussi les anarchistes respectables – marginalisés dans la mémoire, l’histoire de ces compagnonnes et compagnons nous invitent à oser s’attacher farouchement à un projet de lutte conçu autant comme un combat existentiel que comme une incroyable aventure humaine.
280 pages / 10 euros (7 euros pour les distros) / Juin 2026















Qui était Giuseppe Ciancabilla ? Un journaliste qui ne dédaignait pas embrasser le fusil ? Un socialiste qui a adhéré à l’anarchisme ? L’admirateur de Malatesta qui peu de temps après est devenu son principal rival ? L’élégant rédacteur de journaux subversifs qui ne perdait pas une occasion pour défendre les têtes brûlées qui partaient à l’assaut de l’ordre établi, lui qui a défendu ardemment Luccheni, l’assassin de l’impératrice Sissi, Czolgosz qui tua le président américain McKinley, ou encore Gaetano Bresci, l’exécuteur du Roi d’Italie Umberto 1er, et dont Ciancabilla fut suspecté d’avoir été le mandant ?
« Dans ce glissement collectif vers une condition de sécurité dans la terreur, qui déclenchera le cran d’arrêt ? Qui fera justice de ce que les hommes vont s’habituer à prendre pour leur droit à la terreur et presque pour l’aboutissement normal de leurs anciennes aspirations à la liberté ?
« La guerre est passée, lavant l’histoire et l’humanité dans le sang et les larmes, mais l’époque est demeurée inchangée.
Il n’y aura pas de victoire possible pour les anarchistes, il n’y aura dans le futur aucune société libre capable de surgir d’un seul coup, de manière complète, comme Athéna de la tête de Zeus. Peut-être que rien de cette société-là n’existe aujourd’hui dans les élaborations théoriques des anarchistes. Peut-être que rien de cela ne sera jamais visible, malgré toutes les victoires que nous pourrons accumuler en renforçant nos organisations ou en rêvant à d’autres, plus à mêmes de répondre aux exigences de la révolution. Au plan militaire, gagner n’est parfois rien de plus qu’une satisfaction secondaire, un soupir de soulagement dans la sombre lueur d’une impasse où tombent les têtes des ennemis qui nous courent après depuis toujours. Et après ? Que trouverons- nous après, dans nos cœurs ? À partir de quoi construirons-nous la société de demain, si ce n’est à partir de ces excès de liberté que nous aurons réussi à insuffler dans les moyens destructifs que nous employons aujourd’hui ? Que serait-il arrivé si les anarchistes avaient réussi à défaire l’Armée rouge et si le modèle makhnoviste des communes libres s’était répandu à travers toute la Russie ?
Dans la mesure où elle augmente notre capacité et notre volonté d’autocritique, elle élève également le niveau de notre critique », disait quelqu’un. Le contraire est tout aussi vrai : le niveau de notre autocritique s’abaisse dans la mesure où s’abaissent notre capacité et notre volonté de critique. Un regard critique est un regard qui veut améliorer et s’améliorer. Pour cela il ne cherche pas les qualités dont se féliciter, mais les défauts sur lesquels s’interroger. N’importe où, partout, chez quiconque. Un regard vaniteux et apologétique déteste les défauts. Il n’a d’yeux que pour les qualités. Il ne veut rien améliorer, il veut se complaire, se contempler, se faire reconnaître et aduler. Ne cherchant pas les défauts, il tend à ne développer aucune faculté critique. Ni vers les autres, ni vers lui-même.